Ton article, Vénoa, me touche particulièrement parce qu’il met en lumière quelque chose que nous avons parfois du mal à reconnaître : une blessure ne reste pas seulement une souffrance, elle peut devenir peu à peu une manière d’organiser notre perception du réel. Ce que je trouve très fort dans ta proposition, c’est cette idée de deux mouvements possibles face à l’insécurité. L’un revient davantage vers soi, cherche ce qu’il pourrait modifier, comprendre, ajuster, parfois jusqu’à trop douter de lui-même. L’autre cherche davantage à préserver sa cohérence intérieure en modifiant sa perception de l’extérieur, parfois jusqu’à ne plus pouvoir recevoir réellement le miroir que l’autre lui tend. Et lorsque ces deux fonctionnements se rencontrent, la boucle peut devenir terrible : plus l’un doute, plus l’autre affirme ; plus l’autre affirme, plus le premier doute. Cela me renvoie aussi à quelque chose que je peux aujourd’hui reconnaître en moi. J’ai parfois été injuste parce que ce qui me paraissait profondément vrai ou juste pour moi devait, pensais-je, l’être aussi pour l’autre. Cela pouvait partir d’une intention sincère, du désir d’aider, de protéger, de faire comprendre. Mais une intention sincère ne garantit pas toujours une perception juste. Comprendre cela m’a amenée à reconnaître que ma vérité intérieure n’est pas nécessairement une vérité universelle et que l’autre doit pouvoir habiter son propre réel. Je trouve également très intéressant le passage de l’individuel au collectif dans ton article. Une protection peut devenir une habitude, puis une norme, puis une manière d’organiser un groupe ou une institution. Et lorsque suffisamment de personnes adoptent cette norme, elle finit par sembler naturelle. Elle n’est même plus perçue comme une construction. Elle devient le décor à travers lequel nous regardons le monde. C’est là que je pense aussi à la question de l’inconscient collectif : à ces représentations, ces peurs, ces façons de penser, d’aimer, d’exercer le pouvoir ou de nous adapter, tellement transmises qu’elles finissent parfois par nous habiter sans que nous sachions véritablement d’où elles viennent.