De la trahison du clan à la peur d’être trahi Lorsqu’un membre d’une famille s’affranchit d’un clan fondé sur la soumission, il accomplit objectivement un acte d’autonomisation. Mais du point de vue du système familial, cet acte peut être vécu — ou intériorisé — comme une trahison du clan. Il rompt une loyauté.
Il refuse les règles.
Il cesse d’occuper la place qui lui avait été attribuée.
Il choisit sa propre direction plutôt que celle imposée par le groupe. Même lorsque cette rupture était nécessaire à sa construction, une équivalence peut alors s’inscrire psychiquement : S’affranchir = trahir. Et c’est ici qu’un nouveau paradoxe peut apparaître. Une fois devenu autonome, puissant, parfois même nouveau centre d’un système familial, professionnel ou relationnel, l’individu peut reconstruire autour de lui une organisation dans laquelle la question de la loyauté devient centrale. Mais cette fois, les places sont inversées. Il n’est plus celui qui trahit le système pour conquérir sa liberté : il devient celui qui redoute que les autres trahissent le système qu’il a lui-même construit. Il peut alors sélectionner, favoriser ou maintenir des relations dans lesquelles apparaissent précisément des ruptures de loyauté, des départs, des oppositions, des désobéissances ou des prises d’autonomie qu’il interprète comme des trahisons. Le scénario se répète, mais les rôles ont changé. Hier : « Je dois trahir le clan pour devenir libre. »
Aujourd’hui : « Ceux qui veulent devenir libres me trahissent. » Le mécanisme devient alors particulièrement intéressant : ce qu’il avait considéré comme légitime lorsqu’il s’agissait de sa propre émancipation peut devenir insupportable lorsque quelqu’un d’autre accomplit le même mouvement à son égard. Il risque alors de reproduire exactement la réaction du clan dont il s’était autrefois affranchi : culpabilisation, pression, contrôle, exclusion, accusation de déloyauté ou tentative de ramener l’autre dans le système. La répétition devient circulaire :